En traîneau pour la Petite Finlande !

Aux détours des chemins qui sillonnent, par monts et par vaux, les collines verdoyantes de la région d’Orbey, à une vingtaine de kilomètres de Colmar, un cul de sac mène soudain à la Petite Finlande. « La Petite Finlande », voici le nom que Frédéric Dubray et sa compagne ont donné à leur domaine, où ils accueillent les visiteurs tout au long de l’année. Borealia s’est rendue chez eux, alors qu’ils préparaient justement un anniversaire : celui des 10 ans de la Petite Finlande !

 

Copyright Frédéric Dubray – La Petite Finlande – portrait

Borealia : Parlez-nous d’Orbey et de la vie ici !
Frédéric Dubray :
Nous habitons dans un hameau légèrement à l’écart au-dessus d’Orbey dans un endroit un peu préservé situé près du Lac Blanc et du Lac noir. Cela a eu pour effet de créer une dynamique entre nous pour l’échange des légumes, du fromage, des différentes activités… Il y a ici une solidarité très forte entre la population. Nous, nous avons développé une activité avec les chiens de traîneaux, les rennes et les chevaux. Nous accueillons les visiteurs en balade. On peut manger ou loger chez nous, mais nous ne pouvons pas loger tout le monde sur le domaine. Nous travaillons donc avec les fermes auberges voisines, notamment avec l’hôtel restaurant de Lapoutroie qui a aussi une thématique nordique puisqu’il a les bains finlandais. Et, en retour, je propose aux clients de l’hôtel des tours en calèche.

 

Borealia : Et d’où vient ce nom de « Petite Finlande » ?

Frédéric Dubray : Moi, j’allais régulièrement en Finlande avec mes chiens de traîneaux. J’ai rencontré là-bas des Sâmes, éleveurs de rennes, avec lesquels je suis devenu ami au fil du temps. Puis, un jour, on a eu envie de ramener de là-bas des rennes. Alors ici, notre domaine a commencé à prendre des airs de Finlande ! Et dans notre entourage, nous avions aussi beaucoup de passionnés de Scandinavie. On est devenu une Petite Finlande, le centre de ce petit réseau.

 

Borealia : Depuis quand avez-vous des rennes ?

Frédéric Dubray : On a eu nos premiers rennes en 2007, cela va faire 10 ans.

Copyright Frédéric Dubray - La Petite Finlande

Copyright Frédéric Dubray – La Petite Finlande

Borealia : Vous attendez un petit bientôt ?

Frédéric Dubray : Oui, j’ai une femelle qui doit mettre bas bientôt !

Borealia : Comment s’est faite la rencontre avec les éleveurs de rennes et d’où vient votre intérêt pour ces animaux ?

Frédéric Dubray : Ma passion première, c’était le traîneau avec les chiens. Et comme j’allais dans la nature, j’ai rencontré les Sâmes et, à travers eux, les rennes. Je me suis aperçu qu’aujourd’hui les Sâmes n’attelaient quasiment plus les rennes. Cela m’a interpellé et je me suis dit que ce serait vraiment intéressant d’essayer d’atteler ces animaux, comme les Sâmes le faisaient à l’époque. Pour moi, c’était un défi !

Borealia : Ce qui vous intéresse, c’est donc le travail avec les animaux et les animaux dans leur relation avec l’homme.

Frédéric Dubray : Ce qu’il faut dire d’abord, c’est qu’on ne peut pas acheter un renne comme on va acheter un poulain ou un autre animal domestique qui aurait déjà été au contact de l’homme et habitué à avoir, par exemple, une selle sur le dos. Quand on arrive à acheter un renne, c’est généralement un animal qui n’a connu le contact avec l’homme que deux fois par ans à l’occasion des rassemblements de troupeaux et ce n’est pas forcément le contact le plus sympathique : comme on les chasse, cela crée de la peur chez cet animal qui est très craintif. Pour moi, c’est donc vraiment une grande satisfaction d’arriver à créer un lien de domestication avec cet animal, sans que celui-ci ne soit pas basé sur la peur.

Copyright Frédéric Dubray – La Petite Finlande – en pays sâme

Borealia : Votre manière de travailler avec le renne est donc différente de celles des peuples qui élèvent traditionnellement cet animal ?

Frédéric Dubray : J’ai une manière de travailler différente de celle des Sâmes bien sûr. Ceci pour deux raisons. La première c’est qu’au niveau matériel, nous n’avons pas les mêmes contraintes. Eux ont beaucoup de neige, des terrains assez plats. S’ils ont des zones montagneuses, ils arrivent à contourner les zones difficiles. Ici, nous n’avons pas la même qualité de neige et parfois pas de neige du tout, nous avons des pentes très raides. Donc il faut adapter le matériel, avoir des harnais et des traîneaux différents. C’est une recherche que je fais et que je continue de faire pour améliorer le matériel. La deuxième concerne les techniques de dressage. Moi, j’avais pour seules références les gens qui travaillent de manière respectueuse avec les chevaux et qui pouvaient me montrer ce que je pouvais faire avec les rennes et que les Sâmes ne font pas ou plus, notamment parce que les savoirs se sont perdus. Avec de telles méthodes, on arrive à avoir les mêmes résultats avec des solutions plus ethnologiques. Par exemple, les Sâmes utilisent un licol qui passe sous le cou et, par des mouvements, ils font fuir l’animal vers la droite ou la gauche. Alors que, lorsque j’utilise les mêmes rênes que pour les chevaux, sans mors, et que le renne est habitué à ce contact du harnais sur son mufle, il suffit d’une pression d’un côté ou de l’autre pour le diriger. Donc le résultat est le même : on tourne à droite ou à gauche. Mais, avec ce contact permanent avec l’animal, on passe par une méthode bien plus douce, sans le faire fuir.

 

Frédéric Dubray - La Petite Finlande - en pays sâme

Frédéric Dubray – La Petite Finlande – en pays sâme

Borealia : Est-ce que pour vous le renne aurait donc une intelligence, un peu comme le cheval ?

Frédéric Dubray : Le renne est un animal qui est propre à lui-même. Pour le dresser, on ne peut pas utiliser les mêmes techniques qu’avec un cheval, pas les mêmes qu’avec un bœuf, un bouc… Il faut retrouver les techniques qui fonctionnent, le bon langage, celui que la plupart des peuples ont aujourd’hui perdu car, tout ce qui est difficile, ils le font avec des motos neige et le renne n’est plus pour eux qu’un objet qui les aide à subvenir à leurs besoins en vendant leur viande. Le renne n’est plus utilisé en Scandinavie comme animal de travail. Il le redevient un peu pour les touristes. Mais justement, les Sâmes qui veulent revenir au renne de travail ont vraiment du mal à retrouver les anciennes méthodes qu’avaient leurs grands-parents ou arrière-grands-parents et qui étaient bien plus respectueuses que les techniques utilisées aujourd’hui.

Borealia : Vous êtes donc parti de rien pour dresser vos rennes ?

Frédéric Dubray : Au tout début, je n’avais même pas de bases équines. Je faisais simplement la même chose qu’avec mes chiens, alors que ce sont des animaux différents. Puis, j’ai amélioré mes méthodes avec des conseils équins. Ensuite, je suis allé en Scandinavie pour rencontrer des gens qui travaillaient avec des méthodes finalement assez proches des miennes et qui me disaient eux-mêmes qu’ils avaient très envie de retrouver le savoir-faire des anciens, des savoirs qu’il fallait réinventer grâce aux photographies, aux contes, aux dessins… des connaissances donc assez difficiles à interpréter aujourd’hui. Evidemment, aujourd’hui, un Sâme qui vit du tourisme avec les rennes vit avec ses animaux. Mais il ne vit pas à 100% avec eux. A l’époque, on mangeait du renne, on s’habillait en peau de renne, on se déplaçait à dos de renne. On vivait « renne » ! Aujourd’hui, on a beau vivre avec nos rennes, on ne dépend pas entièrement de l’animal. Et puis, il y a aussi toute la spiritualité liée à l’animal qu’on n’a plus et qu’il faudrait retrouver pour redécouvrir ces méthodes ancestrales.

 

Copyright Frédéric Dubray – La Petite Finlande – en pays sâme

Borealia : Cela veut dire que pour bien travailler avec les rennes, il faut être à 100% avec eux ?

Oui, il faut être connecté avec eux. Aujourd’hui, les gens qui ont de bons résultats avec les chevaux sont tout le temps avec eux Ils dorment avec quasiment ! Pour le renne, c’est la même chose.

 

Borealia : Les rennes domestiques gardent leur instinct sauvage ?

Frédéric Dubray : Bien sûr, le renne est un animal qui garde un fort instinct sauvage. Comme le cheval, c’est un animal de fuite. Il n’en va pas de même avec le chien. Il est sur certaines choses moins craintif, sur d’autres davantage. Il n’a pas les mêmes peurs et les mêmes attentes que ces deux autres animaux.

 

Borealia : Quels sont vos rêves, vos attentes, vos projets ?

Frédéric Dubray : (rires) Un de mes rêves (parce que j’en ai beaucoup), ce serait d’aller visiter les peuples qui travaillent encore avec les rennes et d’essayer de créer ou recréer un lien entre eux. Avant, ces peuples pouvaient voyager, transhumer d’une région à l’autre et se rencontrer. Aujourd’hui, tout est cloisonné. Tous ces peuples sont réduits à vivre avec nos méthodes, nos lois. J’aimerais bien être l’un des maillons qui permettent de montrer qu’il y a encore de l’espoir et que, en allant sur place et en voyageant d’une région à l’autre, on peut connecter tous ces peuples entre eux. Mon rêve serait donc d’aller d’un campement à un autre avec des gens qui sont voisins même si on est sur d’énormes distances, avec des rennes, et de reconnecter ainsi ces gens entre eux, tout en me donnant en même temps l’occasion de progresser dans mon travail avec le renne.

N’hésitez pas à lui rendre visite  : http://www.lapetitefinlande.com/ ainsi que sur https://www.cheminsdunord.com/ferme.php !

Interview originale avec vidéo réalisée par Borealia
Orbey, le 20 mai 2017
copyright : Borealia éditions/ Emilie Maj

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